La première sortie d’un ange (2)
En classe, on m’assigna un professeur.
Ce qu’il me dit fut très simple :
- Les anges naissent avec le désir intrinsèque d’aider les autres. Ils aiment aider et en échange, ils sont aimés. En contrepartie, l’ange ne ressent aucun sentiment négatif. Pour cette raison, l’ange qui vient de naître a le choix, à la fin de son cursus, de renoncer à sa nature et de devenir un être humain.
- Pourquoi un être humain, lui demandai-je simplement?
- Les anges ont la possibilité de prendre la forme de tous les êtres vivants, à l’exception de l’être humain. Un ange-chien n’est donc pas impossible, m’expliqua patiemment mon maître. La différence entre l’humain et l’ange est très mince, mais elle est fondamentale. Les humains ressentent les émotions négatives de manière particulière. L’ange ne ressentira jamais le mal, parce qu’il ne fait pas partie de lui. Cependant, il sera attiré par lui… C’est pour cette raison que cette possibilité est donnée aux nôtres. Mieux vaut connaître la dualité humain que de déchoir.
- Je comprends.
Je ne compris pas l’importance de ces mots, à ce moment-là. Je ne connaissais pas l’humain. J’étais à peine un ange qui venait de naître. Mes premiers pas, le premier mouvement de mes mains, de mes pieds, de mes ailes… Tout était nouveau, mais je ne le ressentais pas tout à fait. Mon premier devoir était simple. Du moins, je le pensais.
- Tu dois aider les humains.
- D’accord!
Sans me donner davantage d’instructions, sans me prévenir de ce que sont les humains, de ce qu’est la planète terre, on m’envoya sur terre. L’atterissage fut violent. Je ne maîtrisais pas le vol. Mes ailes étaient encore douces et faibles. Pour la première fois, je connus la noirceur.
***
- Qu’elle est jolie!
J’ouvris les yeux avec difficulté.
- C’est une femelle, n’est-ce pas?
Des yeux bruns me fixaient avec intérêt.
- C’en est une. Des gens l’ont trouvé sur le sol, blessée. Nous croyons qu’elle appartenait à des humains auparavant, car elle n’a aucun problème de santé ni aucun parasite. Pour cette raison, nous voulons la donner à une personne qui prendra soin d’elle…
Je restais immobile, me demandant ce qui m’arrivait. Est-ce que les humains me voyaient telle que j’étais? Ou bien est-ce que?… Je me rendis compte que j’étais beaucoup plus petite qu’au pays des anges. J’étendis les bras, perplexe, me rendant compte qu’ils n’étaient plus des bras. J’avais des ailes à la place des bras et aucune paire d’aile dans le dos. Qu’est-ce que j’étais?..
Je fouillai dans ma mémoire, à la recherche des créatures terrestres que je connaissais, mais avant même que je ne retrouve les informations dont j’avais besoin, le garçon dit doucement :
- Quelle belle petite colombe, tu es…
Il avait un air doux qui me séduit, et, sans que je ne m’en rende compte, je lui répondis en roucoulant qu’il était beau lui aussi. Un sourire illumina son visage.
- Elle me répond en plus! Quelle belle voix elle a! Je la prends, je la veux!
- D’accord monsieur. Vous savez comment vous occuper des colombes, au moins?
- Bien sûr, répondit le garçon dont les yeux s’assombrissaient, j’en ai élevé, autrefois…
Il tendit son doigt et avec sa voix d’humain, il m’appela :
- Lala, lala…
Sans que je ne comprenne bien pourquoi j’obéissais à sa voix, je me posai sur sa main. Je sentis ses doigts me caresser et la lumière changée d’angle. Nous sortîmes ensemble, lui le coeur un peu lourd, et moi le coeur léger, heureuse de pouvoir, enfin, pouvoir aider les habitants de la planète qui attirait tous les anges : la terre.
à suivre