Archive for September 2008

Sep302008

L’Ange, enfin (6)

J’ai appris l’histoire de l’humain assez facilement.  Il me suffisait de le suivre, de lire ses notes, de voir ses rêves.  Peu à peu, les morceaux du casse-tête s’étaient rassemblés pour former une histoire simple et douloureuse.  Cela ne m’aidait pas, malheureusement, car le devoir d’un ange n’est pas de guérir les blessures intérieures.  Ou pas tout à fait.  Pas directement.

Je savais qu’un désastre menaçait de détruire Simon.  Tout son corps, toute son âme semblait dégager cette impression de malheur.  Le fait qu’il fut convaincu qu’il était destiné à pleurer le rendait une proie facile aux démones et diablotins.  J’étais convaincue que quelque chose allait arriver tôt ou tard même si je ne voyais rien.  Plus tôt que tard, en fait.  C’était la raison pour laquelle mon devoir d’ange m’avait menée ici.

Privée de contacts physiques, je pouvais suivre Simon plus facilement.  Invisible, je n’éveillais pas sa suspicion.  Je n’éveillais aucune émotion en lui puisque je n’existais pas pour lui.  Seulement, mon coeur désirait le sauver et, d’une certaine façon, je l’aimais.

C’est un mercredi que tout est arrivé.  Simon s’était arrêté près de la route.  Il était nu pied.  Le soleil était haut, à son zénith peut-être.  Un chien avait été renversé et se plaignait.  Il était sur la voie de droite, il souffrait.  Cependant, je savais que c’était fini.  L’air sentait la mort.  Le chien allait mourir, mais pas seulement lui.  Déjà, ses plaintes faiblissaient.  Il essayait de prévenir Simon du malheur qu’il voyait lui aussi.  Mon humain ne le vit pas ou bien il ne voulut pas le voir.  Il s’avança près de la bête et se pencha pour lui murmurer des paroles appaisantes.  De ses bras, il tenta de le soutenir puis de le faire se relever.  C’était impossible, il le remarqua assez tôt.

Le chien rendit son dernier soupir après avoir jappé une dernière fois.  Simon le prit dans ses bras pour le ramener sur le côté, pour lui faire un repos décent.

Le vent menaça.

Le bruit d’une voiture au loin…je sus immédiatement ce qui allait arriver, car le destin était déjà écrit.  J’étais la seule à pouvoir le changer.  L’aura de mon humain attirait le malheur et la douleur.  Je ne savais que faire.  Il ne restait qu’une minute, peut-être pas.  Il m’était impossible de protéger physiquement Simon qui, le corps du canin dans les mains, traversaient lentement, trop lentement la rue.

J’aperçus un oiseau du coin de l’oeil.  Il était moins noble, moins blanc qu’une colombe, mais il était assez gros, je l’espérais, pour attirer l’attention du garçon.  Sa poitrine rouge m’inspirait alors je me glissai dans son corps, en expulsai l’âme sans vergogne.  Je savais que j’avais tort, que ce pouvoir n’était pas celui d’un ange.  Mais j’aimais Simon et je voulais le sauver pour qu’il soit heureux.

J’étais devenu un simple rouge-gorge.  Je fonçai vers Simon qui, surpris, fit volte-face, recula sous mon assaut et tomba dans la fosse sceptique qui longeait sa ferme.   Par chance, il était arrivé près du bord de la route. Je l’entendis tousser, étouffer par l’odeur et le choc.  Je n’eus pas le temps de m’assurer qu’il allait bien.  Le corps d’oiseau dans lequel j’étais percuta la vitre d’un camion fonçant à toute allure.   Le conducteur se braqua.  Il tourna le volant avec violence.  Le camion sauta par-dessus la fosse sous l’impact, continua sa route et fonça dans l’arbre qui protégea malgré lui et au prix de sa santé la ferme de l’humain.

Le choc fut brutal.  La douleur violente.  Assez pour me rappeler un souvenir.  L’odeur du camion qui prenait feu me le remémora plus brutalement.  J’étais morte brûlée, calcinée, autrefois.  J’avais été autre chose qu’un ange.  Je n’étais pas un produit neuf, je n’étais pas une créature toute nouvelle : j’avais été.  J’avais été cette colombe enterrée sous les cendres qui avaient fait pleurer Simon.  J’avais été celle qui lui avait brisé le coeur une deuxième fois, définitivement.  C’était moi la cause de son malheur, l’aura de sa douleur.

J’entendis des cris, je sortis de ma torpeur.  Simon venait sauver le conducteur ivre. Le corps du chien reposait plus loin, laissé dans la fosse pour les besoin de la cause.  Mais le conducteur était mort lui aussi.  Il ne restait plus que la petite, plus qu’une enfant qui mourrait un peu plus chaque seconde.

“Sauve-la, Simon!”

Le corps de l’oiseau dans lequel je m’étais enfuie mourut tandis que j’essayais de me redresser, désespérément, pour le voir une dernière fois.  La mort fut douce, car je vis son visage avant de laisser la vie, cette fois-ci.   C’était de lui dont j’avais été amoureuse autrefois.  C’était lui qui m’avait aimée, moi la colombe blanche, moi l’ange maintenant…je mourrais encore.  Mais cette fois, je le sauvais.  J’étais heureuse.

Avant de quitter le monde, je vis une petite fille inanimée, morte, dans les bras de Simon.  Je souris, contente. C’était elle qui allait le rendre heureux, maintenant, car elle n’avait plus de famille.  Je fermai les yeux.  Mes ailes s’écrasèrent puis disparurent.  La douleur s’estompa doucement. Je souriais.  Il me restait encore un pouvoir d’ange, le pouvoir de rendre Simon à la vie.  J’invitai le rouge-gorge que j’avais fait mourir à donner sa force au corps de la petite humaine.

- Je m’excuse, mais j’ai besoin de toi.  J’ai pris ton corps, mais je te donne la vie.  Je te ferai une place à l’intérieur de la petite.  Tu seras sa passion pour le chant et la musique.  Acceptes-tu?

- Ai-je le choix, murmura le rouge-gorge dont l’âme errait au-dessus de mon corps?

- Oui, tu peux devenir un ange, comme moi.

- Et je serai utile?

- Pas autant qu’elle.  Pas autant que la petite.  Regarde, sa gorge est brûlée.  Elle en gardera une marque, ta marque.  Elle t’attend déjà.  Elle s’appelle Rouge et c’est ta forme véritable.

L’oiseau fut ému par ma remarque.  Il ne connaissait pas le mal ni la vengeance.  Je lui avais pris ses ailes, mais je lui donnais la passion et l’amour.  Seuls les humains ressentent ces sentiments aussi puissamment.

- Je veux bien prêter ma vie à cette enfant.

Alors moi j’ai donné ma vie à l’oiseau et à la fillette pour Simon.  J’étais morte.  Je le croyais.   J’étais dans la noirceur et je les entendais encore parler, tousser.  Au loin, une alarme.  Mais le silence prenait de plus en plus de place.  L’ange, mon maître, ne voulut pas me laisser dans ma solitude.  Il m’apparut, alors que j’errais dans les ténèbres, seule et heureuse :

- Te souviens-tu des choix qu’un ange a?

- Oui.

- As-tu fais ton choix?

- Oui, mais …j’ai donné mon pouvoir d’ange à la petite humaine, pour qu’elle vive.  Je meurs…

- Un ange ne peut pas donner sa vie.  S’il le fait, il disparait, m’expliqua mon maître.  Mais ton amour est si grand qu’il te garde ici.  Tu produis la Vie, tu ne la prends plus.  Tu es différente.  Tu brilles comme une lumière et je sais que peu importe ce que tu choisiras, tu rendras ce monde meilleur.  En d’autres mots, tu auras toujours le choix parce que tu as une énergie infinie.  Tes ailes repousseront si tu le veux.  Ou tu peux être mortelle.  Cependant, la vie d’humaine consummera ton amour petit à petit et tu perdras ton statut.  Tu mourras…

- Je n’ai pas peur de mourir, murmurai-je.  Les anges n’ont pas ce genre de sentiments, n’est-ce pas?

Mon maître sourit.  Je souris à mon tour.  Mes yeux brillaient.  Mon corps était entouré d’une lumière blanche.  Mon dos s’ouvrit pour laisser sortir les ailes qui m’avaient toujours habitées, depuis que j’étais née, depuis que j’existais.

- Je suis un ange?

- Oui.

C’est ainsi que je fus reçue parmi les anges.  C’est ainsi que je devins la protectrice des hommes et de la vie.  Depuis ce temps, je protège les humains.  Je protège tous les êtres et puis… je me permets parfois un regard sur cette ferme, qui, il y a longtemps, m’a accueillie.

Rouge et Simon vont bien.  La petite apprend le chant.  Sa note préférée est le la.

Je les entends rire, au loin et je souris.

-Fin

Sep192008

Princess Tutu

Je ne peux que recommander cet animé à ceux qui aiment les shojos, l’humour, les personnages attachants et…les effets d’histoire ( c’est-à-dire les mises en abymes).  J’ai rarement été aussi fascinée et charmée par une série télévisée.  La trame sonore est celle des grands ballets, en particulier celui du Lac des Cygnes de Tchaikovsky.  La trame narrative est d’ailleurs assez semblable à celle ce ce ballet, d’une certaine manière…  Mais elle a des tournures qui choquent, qui touchent et qui donnent espoir.  J’ai beaucoup songé suite à l’écoute de Princess Tutu, car c’est une histoire qui laisse réfléchir et qui reste ouverte…contre notre gré, d’une certaine manière.

Le personnage principal est une princesse au départ : Ahiru.  Ou peut-être un canard, Ahiru.  Elle est en tout cas la plus humaine des personnages et ça la rend d’autant plus touchante puisqu’elle désire tellement être humaine — ce que l’auteur ne veut lui accorder.  Car l’auteur a plus d’importance, dans cette série animée, que dans n’importe quelle autre oeuvre.  Princess Tutu est un personnage tourmenté par ses émotions, mais aussi par l’homme qui l’a créée et invitée à se joindre à l’histoire.  Ce qu’elle deviendra est un des enjeux principal de l’oeuvre, mais ce n’est pas le seul.  La question identitaire est extrèmement présente dans Princess Tutu.  La place qui est donnée, le rôle qui est donné…rien n’est simple ni définitif et les doutes restent là du début à la fin.

Les autres personnages : Rue, Mythos, Fakir, Edel, Drosselmeyer sont tout aussi importants.  Tout aussi frustrants.  Car ce qui ressort de la série, c’est la frustration, l’émotion, la peine et l’attachement que l’on ressent tour à tour pour chacun des personnages.  Et Drosselmeyer, digne d’un Kefka, parfaitement méchant, parfaitement ludique dans son délire démoniaque, nous donnera envie de le détester plus encore que n’importe quel méchant connu puisqu’il n’est pas seulement cruel avec sa victime, mais avec son public : nous.

La série est belle.  Magnifique.  Les dessins sont beaux, fluides…  Tellement qu’ils nous poussent à nous attacher aux personnages.  Aux décors.  Ce qui est d’autant plus frustrant que l’on sait qu’ils vont nous faire vivre les émotions d’autant plus fortement si c’est le cas.  La tragédie voulue par Drosselmeyer est alors vécue à fond par le spectateur qui se laisse bercer, comme une marionette, par les actes déjà écrits et décidés…où le sont-ils vraiment?

Sep192008

L’histoire de l’humain. (5)

Il me restait une semaine pour le sauver.  Aussi profitai-je du fait que je pouvais suivre l’humain à ma guise pour…le suivre!  Je fus son ombre.  Et grâce à cela, je découvris peu à peu son histoire.

Une année avant m’avoir rencontrée, il s’était épris d’une jeune femme.  C’était la fille d’un homme qu’il connaissait bien, son patron.  Malheureusement, cette dernière, malade, s’était éteinte tout doucement…  Simon - c’était son nom - aurait pu prendre cette perte de la même façon que tant d’autres : en laissant la peine s’assécher puis en redécouvrant le bonheur d’être en vie.

Mon humain avait été heureux pendant les quelques mois ou il avait fréquenté sa belle.  Depuis le début, il avait su que Sabrina mourrait.  Son patron l’avait averti.  La jeune femme - une créature blonde et pâle - l’avait mis en garde.  Leurs coeurs avaient été plus forts cependant.  Et ils s’étaient laissé aller à aimer…aimer comme peu de gens savent le faire.

Quand la mort avait frappée, Simon avait été soulagé.  Les souffrances de son amoureuse étaient terminées.  Mais en même temps, le vide s’était installé dans sa vie et dans son coeur.  Il avait perdu goût à la vie.  Pour un temps du moins.  Puis lentement, il s’était remis de sa peine.  Près des oiseaux, - il élevait des colombes - il s’était épanoui à nouveau.  Ses proches étaient heureux.  Rassurés.  Au ciel, son amoureuse attentive avait soupiré de soulagement puis s’était tourné vers la Vie pour une nouvelle aventure.  Mais à la seconde où elle avait tourné le dos au destin de son amoureux, à la seconde où tout avait semblé de nouveau parfaitement comme il devait l’être, un événement malheureux frappait Simon.

C’était une colombe qui lui avait redonné goût à la vie.  Sans s’en rendre compte, sans même le comprendre, il était tombé amoureux de l’oiseau qui lui avait redonné la vie.  Chaque jour il allait la voir.  Chaque jour la colombe posait sa tête minuscule sur le cou de son bienfaiteur, le caressant comme l’aurait fait un chat.  Comme l’aurait fait un amour.  Le colombe roucoulait quand il était triste ou quand il était heureux.  Elle le faisait de manière différente pour chaque occasion.  C’était comme si elle écoutait.  Comme si elle comprenait.  L’amitié qui unissait l’homme et l’oiseau était plus profonde que celle de n’importe quelle amitié humaine, car elle n’était nourrie ni par la jalousie, ni par l’envie.  La colombe n’aimait pas l’homme pour ce qu’il lui apportait.  Elle l’aimait pour ce qu’il était.  Simon, sans le vouloir, faisait la même chose avec la précieuse petite chose qui se posait parfois dans sa main, parfois dans son cou.  Il avait l’impression d’être responsable de la vie d’un autre être et cela lui faisait du bien.

Il avait décidé de vivre pour l’oiseau.  Pour cette oiseau-là.  Parce que tous les autres n’avaient pas le même coeur.  Tous les autres n’avaient pas le même souci de le rendre heureux.

Et puis l’oiseau avait été tué.  Un accident bête, une catastrophe abobinable.

Des enfants avaient mis le feu à la ferme dans laquelle Simon transferait les colombes lorsqu’il faisait le ménage de leur volière.

J’appris ceci en suivant l’humain.  En suivant Simon.  Seulement….je ne savais toujours pas pourquoi j’étais venue à lui.  Pourquoi lui, était venu à moi.

Qu’est-ce qu’un ange - non - qu’est-ce que je pouvais faire pour aider cet homme?

Sep152008

La détermination d’un ange (4)

Je n’étais rien d’autre qu’un ange prisonnier d’un corps de colombe.

J’étais malheureuse.  Ou en tout cas je le pense.  Je ne pouvais pas aider l’humain que j’avais choisi.  Qui m’avait choisie, en fait.  Je ne savais pas comment l’aider, la raison qui l’avait poussé à demander l’aide d’un ange.  Il me parlait peu.  Je ne pouvais plus le questionner.  Mon maître, celui qui devait me former aux arts angéliques m’avait formellement interdit d’excercer toute autre forme de communication avec l’humain.  Mais j’étais étourdie et déterminée.

Le regard de l’humain devenait de plus en plus sombre au fur et à mesure que le temps passait.  Plus le temps passait, plus je savais que tout allait finir bientôt ; que j’allais LE perdre.  Que j’allais perdre mon humain.

C’est avec cette idée en tête que j’ai décidé de pénétrer dans l’esprit de mon protégé, à l’encontre de mon maître qui força lui aussi mes pensées.  Ce que je vis me bouleversa. L’humain que je protégeait était noble.  Il avait tant voulu, tant voulu…  Malgré moi, des larmes coulèrent.  L’ange que j’étais pleurait.  Il était inconcevable que les humains souffrent autant, n’est-ce pas?  N’était-ce pas injuste qu’un homme si bon soit si malheureux?

Mon professeur me rejoint, peu de temps après cette intrusion.

- Qui es-tu?

- Je suis un ange, répondis-je en chancelant.  Je suis un ange et je dois rendre l’humain heureux, je le sais…  Mais professeur, vous…

- Tu as tout dit, murmura mon maître.  Il n’y a rien à ajouter.

Je baissai la tête, voulut lui répondre en la relevant, mais m’effondrai à la place.  J’étais épuisée.  Les émotions que je ne connaissais pas m’avaient envahie et affaiblie.  Je vis dans un flou étiré le visage de l’ange qui me regardait avec sévérité.  Il disparut dans une gerbe de lumière sans rien me faire davantage, jugeant que j’étais trop faible déjà, sans doute.

Quand je me relevai, je n’étais plus un oiseau.  Je n’étais plus rien, à vrai dire, car l’humain vint et son regard ne rencontra que le corps inerte de l’oiseau que j’avais été.  Doucement, il se pencha, caressa le corps et pleura.  Il m’apparaissait comme il m’était apparut dans ses douloureux souvenirs.

Une autre mort.

Une autre douleur.

Je sentis ses pensées me faire tressaillir : Je veux mourir!

“NON, pensai-je en essayant de lui saisir le corps, non!  Je te sauverai, je te le jure, je te rendrai heureux!  Je te redonnerai la vie que tu as perdue..!”

Une main me toucha l’épaule.

- C’est inutile, La.  Tu as échouée.

Je secouai la tête.

- C’est impossible!

Mais mon maître avait disparut sans un bruit, sans un mot de plus.  Je devais retourner au Royaume des Anges, je le savais.  Il y avait cette urgence en arrière-plan dans ma tête : retourne chez toi!  Et puis il y avait ma volonté, mon désir d’aider l’homme dont je ne connaissais pas le nom.  Dans un coin, il murmurait qu’il était maudit.  Je le voyais de dos, accroupi sur le corps de la colombe que j’avais été.

- Tu n’es pas maudit.

“Je suis maudit, je n’ai que des malheurs…”

- Mais non, tu n’es pas maudit.

” Mais ce n’est pas grave…”

- Si, c’est grave.  C’est grave si tu penses ainsi.  S’il-te plaît, resaisis toi…

” De toute façon, je n’ai jamais connu le bonheur…”

- C’est faux, j’en suis sûre.  Tu as le visage de quelqu’un qui regrette et non pas celui de quelqu’un qui n’a jamais connu le bonheur…

” Je suis fatigué.”

Il se tut, ne dit plus un mot.  Je m’éloignai sans un mot, passai la porte de la chambre dans laquelle j’avais été confinée en tant qu’oiseaux en cage.  Maintenant, j’étais libre.  Je ne pouvais pas parler, il ne pouvait pas m’entendre ni me voir, mais j’étais libre.

- Je te sauverai.

- Reviens vers nous, La.

Je me tournai vers l’ange qui m’enseignait, vers mon maître dont le visage sévère s’accrochait au mien.

- Je le sauverai.

- La, tu as échoué…

- Non.  Je le sauverai, dis-je encore  plus fermement.  Je le sauverai je le jure.  C’est mon devoir.

Il  y eut un sourire sur le visage de mon professeur.

- Il te reste une semaine.

- Merci.

Je souris à mon tour.

Sep42008

Les droits d’un ange (3)

Comment rendre un être humain heureux?

Je n’avais pas la réponse à cette question, d’autant plus que l’humain qui m’avait choisie n’était pas particulièrement bavard à ce sujet.  Chaque jour il venait me voir, me donnait à manger, à boire et puis il repartait sans un mot, le même air mélancolique accroché au visage.

Il s’occupait bien de moi, mais il n’était jamais tout à fait là.

Les jours s’écoulèrent ainsi, tranquilles…

Je ne faisais pas mon travail d’ange.  Je ne savais pas comment faire.  Je sentais la pression de mon mentor, qui, chaque jour, me posait les mêmes questions :

- As-tu réussi à le rendre heureux?

- Non.

- Tu l’as protégé?

- Pas vraiment.

- Alors qui es-tu, Lala?

- Un ange.

- Et quel est ton devoir?

- Aider l’humain.

Je ne savais même pas son nom.  Je ne voyais que son regard mélancolique, son ton éteint…  Il sortait à peine et seulement pour travailler.  Je ne savais que faire pour l’aider et je ne pouvais lui parler.  Seuls les anges de plus haut niveau, je l’appris plus tard, ont la possibilité de se transformer autrement et de s’adresser directement à ceux qu’ils aident.

Un jour cependant, les choses changèrent.  Je ne sais pourquoi, mais il décida de se confier un peu, ce jour-là.  Je le sentis.

- Tu sais Lala, j’ai pris soin d’autres oiseaux comme toi.

Je penchai la tête, d’un air intrigué, l’invitai à poursuivre.

- Mais cette époque…elle est révolue.

Pourquoi?  Je ne le savais pas.  Il ne me raconta pas d’autres choses.  Il se contenta de s’éloigner.  Je sentis une chaleur dans tout mon corps.

- ATTENDS!

Il se tourna, surpris.  Je fermai les yeux.  Dans ma tête, la voix de mon maître.  “Ne lui parle pas!!”

- J’ai l’impression que tu m’as parlé, murmura l’humain en soupirant.  Je dois être fou.  Ça m’a rendu fou…

- QUOI?

“Ne lui parle pas!”

Mais cette chaleur…

- Le fait de la perdre…

- POURQUOI?

- Parce que je l’aimais.

- QUI?

- Cet oiseau…  Cette oiseau-là…

Il ferma les yeux, fit demi-tour et sortit de la chambre qu’il m’avait donné.  Exténuée, je m’effondrai au bas de mon perchoir.  Le froid m’envahit lentement. Les avertissements de mon maître me secouaient l’esprit.  “Qui es-tu?!  Qui es-tu pour oser parler à ceux que tu protèges?”  Je ne savais pas pourquoi je me sentais ainsi.  Pourquoi je voulais l’aider de cette façon.  Il me semblait que cet homme n’était pas en danger.  Il me semblait qu’il n’était pas malade, qu’il avait simplement besoin de parler.

Devant moi, le corps de mon professeur se matérialisa.

- La, un ange ne doit absolument pas entrer en contact avec un humain de cette façon.

- Pourquoi?

- Parce qu’un ange n’est là que pour protéger.  Il n’existe pas pour comprendre.  D’ailleurs, je trouve que tu poses un peu trop de question pour ton bien.  Dorénavant, tu n’auras plus le droit à la parole.  Tu ne pourras plus t’exprimer, tu m’entends?  Que des dérives telles que celle-là ne se reproduise plus!

Un flash.  Je perdis connaissance.  Quand je me réveillai, son visage était penché sur mon corps.

- Je n’ai jamais vu une colombe aussi fragile…

Il souriait.  Je voulus lui répondre par un son, mais rien ne sortit de ma gorge.

- Lala?

Je ne pouvais rien dire.  Absolument rien.  Les sons mêmes m’étaient interdits.  Frustrée, je commençai à m’agiter.  Aussitôt, il me prit dans ses bras :

- Ne t’en fais pas, je suis là.  Je te soignerai bien, tu verras.

Sep22008

Antidépresseur - arrêt

J’arrête les antidépresseurs…

C’est extrêmement difficile…pas parce qu’on y devient accroc, mais parce que le corps réagit très mal au sevrage. En tout cas, le miens le prend plutôt mal.

J’espère que ça passera.

EDIT : Voilà, c’est fini… je n’ai presque plus d’effets de sevrage! :)